Mémoires d’Avensan

Tous les différents textes que vous lirez ci-dessous sont dus à notre Maire Honoraire, Monsieur Claude BLANC, qui a exercé ses fonctions de 1983 à 2008.

Pour l’ensemble de son travail, il s’est appuyé sur les procès verbaux des conseils municipaux.

Nous le remercions chaleureusement pour ses mandats de maire et pour tout le travail accompli.

01 – Mémoires d’Avensan – 1906/1920

02 – Mémoire d’Avensan – 1921/1925

03 – Mémoires d’Avensan – 1925/1931

04 – Mémoires d’Avensan – 1932/1937

05 – Mémoires d’Avensan – 1938/1943

06 – Mémoires d’Avensan – 1944/1949

07 – Mémoires d’Avensan – 1950/1972

08 – Mémoires d’Avensan – 1973/1983

09 – Mémoires d’Avensan – 1983/1989

10 – Mémoires d’Avensan – 1989/1994

11 – Mémoires d’Avensan – 1995/2001

12 – Mémoires d’Avensan – 2001/2008

 

LA VIE EXEMPLAIRE DE PEY BERLAND, ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

Par Louisette BLONDEAU

         Floiracaise de naissance, Avensannaise depuis 1980, Mme Louisette BLONDEAU est tombée sous le charme de notre belle localité et a entrepris d’en relater l’histoire, plus précisément la période allant du Moyen Age à la Révolution de 1789. On ne saurait chiffrer le nombre d’heures qu’elle a passé dans les centres d’archives, y compris dans la Capitale.

Une brutale et grave maladie a interrompu la rédaction de l’ouvrage. Il serait dommage que la totalité de son travail passe aux oubliettes et soit perdue pour la connaissance de l’histoire locale. C’est pourquoi, en accord avec son époux, nous avons décidé de publier les pages qu’elle a consacrées à Pey Berland.

Si l’existence de celui qui fut Archevêque de Bordeaux est connue, par contre les raisons de sa renommée le sont moins. Elles le seront mieux à la lecture du récit de Louisette BLONDEAU

                                                                                                                                                                            Achille BLONDEAU

Si Avensan connaît une certaine « célébrité » en Gironde, c’est surtout grâce à l’un de ses fils, Pey Berland, né le 15 juillet 1377 dans une famille de paysans alleutiers – donc relativement aisés – dans le tout petit hameau de Saint-Raphaël.

La biographie très documentée de l’abbé Corbin, plus ce que livrent, ici ou là, les archives départementales, permettent de mettre en lumière sa personnalité et la place qu’il a tenue dans la société bordelaise au XVème siècle.

Enfant, il gardait les moutons dans une nature propice aux méditations. Il était d’une grande intelligence et montrait une grande piété. Au hameau de Pimbalin, se trouvait un vieux tabellion, Raymond de Bruges, qui s’intéressa à lui et lui transmit son savoir. À la mort de son père, qui était marié en secondes noces,  son frère aîné, devenu chef de famille, prit des dispositions concernant l’avenir de Pey. Il fut décidé que sa mère se retirerait à Moulis, son pays natal, que son beau-fils prendrait la gestion de tous les biens en rendant compte aux ayants droit, qu’enfin, le jeune Pey irait à Bordeaux suivre le cours d’études auquel l’avaient préparé les leçons élémentaires de Raymond de Bruges. Plus tard, Pey Berland ira poursuivre à l’université de Toulouse ses études de théologie et de droit canon, de 1396 à 1399.

L’abbé Corbin note avec quelques raisons : « Le long séjour et les dépenses qui s’y rattachent prouvent que notre Avensannais possédait une bourse bien garnie et qu’il n’était pas, comme on l’a gratuitement avancé, le fils d’un pauvre laboureur des landes élevé par charité. »

À l’époque, l’Aquitaine est sous domination anglaise. En 1152, le roi de France, Louis VII, répudie Alienor d’Aquitaine qui, en épousant Henri II Plantagenêt, apporte en dot l’Aquitaine au futur roi d’Angleterre.

Par la suite, le roi anglais Henri IV (1367-1413), fils du duc de Lancastre, marque son règne par une foule de chartes en faveur des Bordelais. C’était un besoin : les victoires militaires françaises avaient réduit de deux tiers l’ancien duché d’Aquitaine. Il confirme et amplifie leurs privilèges et libertés communales afin de conserver leur fidélité. Il institue aussi en mai 1400 un conseil de régence, dont les membres sont choisis parmi les grands personnages de la cité bordelaise, et composés de l’Archevêque de Bordeaux, du Sénéchal Gaillard de Durfort, seigneur de Blanquefort, du maire, Jean de Grailly, de l’abbé de Sainte-Croix, etc. En cas de chevauchées ou de prises d’armes, les sires de Lalande avaient le privilège et l’honneur de porter la bannière de Bordeaux. Toutes ces mesures et ces institutions intéressaient non seulement la ville mais toute la région sous protectorat anglais.

L’Archevêque, frappé par l’intelligence de Pey Berland, l’attacha à sa personne en qualité de secrétaire. Lorsqu’il partira en Italie, Pey le suivra ; le prélat va d’ailleurs mourir là-bas. Pey      Berland lui rendra les derniers devoirs. Il ira ensuite à Jérusalem et reviendra à Bordeaux au début de l’année 1413. C’est David de Montferrand qui sera nommé Archevêque de Bordeaux, tandis que Pey Berland devient curé de Bouliac, paroisse à laquelle sont rattachées les deux communes de Quinsac et Lormont, situées aux antipodes l’une de l’autre. Que de distance à parcourir pour desservir ces trois localités !

Le biographe de Pey Berland pose la question : « Mais les habitants de Bouliac le connaissaient-ils ? » et y répond : « On aurait quelque raison de le croire parce que sa famille possédait du bien sur la rive droite de la Garonne, au pied des collines de cette paroisse. » (Archives Départementales, terriers de Sainte-Croix)

En 1419, Pey Berland est nommé secrétaire du chapitre et on le retrouve dans le plus ancien registre capitulaire (Archives Départementales, numéro 367), dont les dix-huit premiers folios semblent écrits de sa main, car ils portent la mention « scripsit Pey Berland ».

Le 31 mai  1430, au cours d’un séjour à Londres, David de Montferrand, Archevêque de Bordeaux, meurt ; le 13 août de la même année, Pey Berland est élu pour le remplacer. Les jurats de Bordeaux ratifient ce choix. Pey Berland est choisi face à des ambitieux de haut parage, entre autres le fils du Captal de Buch. C’est également en 1430 que Charles VII, devenu roi de France, est sacré à Reims. Il veut reconquérir l’Aquitaine. La guerre est l’occasion pour de nombreuses bandes de pillards d’exercer leurs talents, qu’ils luttent du côté français ou du côté anglais. L’un des plus redoutables chefs du côté français est Rodrigue de Villandrando. Parmi ses « exploits », le pillage en règle du Médoc. « Il ravage complètement les environs de Soulac, Castelnau, Lesparre et Blanquefort, brûle les villages de pêcheurs sur les bords de la Gironde, repasse devant Bordeaux et disparaît vers les landes. On le retrouve en Haute-Gascogne, où il poursuit ses “pilleries”. »

Suite à cette mise à sac par les soudards de Villandrando, la disette et la misère sévissent dans le Médoc, dont de nombreux habitants se réfugient à Bordeaux. Pour leur porter assistance Pey    Berland est un des plus actifs. Il leur distribue tout le blé, tout le vin et tout l’argent dont il peut disposer. Outre son action quasi quotidienne pour atténuer les effets de la pauvreté et de la misère, Pey Berland ne s’en tient pas là. Dans les actes de charité recensés en vue d’une canonisation possible, il est noté que chaque semaine, il visite ou fait visiter les treize hôpitaux que compte Bordeaux pour distribuer des aumônes ; il reçoit treize pauvres à qui il lave les pieds, qu’il habille et nourrit ; il fait bâtir, hors des murs de la ville, près de l’église Saint-Seurin, un hospice qu’il baptise du nom de Saint-Pierre. Cette maison est dotée par l’Archevêque de l’ameublement et des revenus nécessaires pour y accueillir les pauvres de Jésus-Christ, de quelques lieux qu’ils viennent.

Mais Pey Berland, en tant que premier personnage religieux de l’époque, s’implique très activement dans la vie politique. En 1431, il devient le premier des conseillers royaux dans le duché et est promu par le duc de Gloucester, représentant du pouvoir anglais à Bordeaux. Il va donc devenir un des grands personnages formant l’aréopage qui siège au château de l’Ombrière. La cour anglaise, qui l’a en haute estime, lui confère la jouissance du château ducal de Lormont, avec toutes ses terres, bois, vignobles et fiefs, dont le roi ne se réserve que l’hommage féodal.

Henri VI, qui règne sur l’Angleterre de 1422 à 1461, va ensuite le charger de signer en son nom « une trêve avec le comte d’Armagnac, qui venait de lever l’étendard de la révolte dans la Haute-Gascogne ». « En un mot, c’était le chargé d’affaires du roi dans tout le duché », écrit l’abbé Corbin.

Homme charitable, homme de son temps, Pey Berland est aussi préoccupé par les problèmes que pose l’absence d’une grande Université à Bordeaux ; son désir est d’en créer une qui puisse dispenser l’enseignement supérieur qu’il a été obligé d’aller chercher à Toulouse. Il réussit à convaincre les jurats de l’importance de son projet et il les engage à solliciter avec lui l’établissement d’une Université. Le 7 mai 1441, le Pape Eugène IV autorise l’institution de cette Université à l’image de celle de Toulouse. Le roi de France Louis XI confirmera ce privilège par lettres patentes enregistrées par le Parlement en 1472. La fondation de l’université acquise, Pey Berland – qui sait bien que tout un chacun n’aura pas la chance de rencontrer un savant désintéressé sur sa route – crée le collège de Saint-Raphaël, destiné aux premières études cléricales. L’établissement peut accueillir douze écoliers pauvres, dont la moitié doit être originaire du Médoc. On enseignerait et accueillerait les élèves pendant dix ans ; au terme de cette longue scolarité, ils laisseraient la place à d’autres écoliers. Là, l’Archevêque, pensant à sa famille, souhaite que les membres de celle-ci – à mérite égal – aient la préférence. Ce qui est somme toute normal, puisqu’il dote le collège de ses fonds personnels.

Pendant toutes ces années, Pey Berland s’évertue à encourager la résistance et à soutenir le moral des combattants. Il apprécie les avantages pour les Aquitains de la domination anglaise. Mais la situation s’aggrave au fil des années et Bordeaux est prise en « tenaille » par le Maréchal de Lohéac qui, après Castillon, s’empare de Saint-Émilion, Libourne, etc. De son côté, le roi de France, Charles VII, s’est établi au château de Montferrand. Quant au Médoc, il est à nouveau saccagé par le Comte de Clermont, à qui les sires d’Orval et d’Albret viennent apporter de l’aide. Le Bas-Médoc détruit, ils vont assiéger et prendre le canton de Castelnau et de Saint-Médard. Après avoir tenu autant que possible, Blanquefort aussi finira par tomber.

Voyant où en est la situation, Pey Berland joue un rôle de conciliation entre les deux parties. Le petit peuple, lui, lassé de la misère et de la guerre, aurait ouvert les portes aux Français depuis longtemps. Enfin, les jurats et les bourgeois bordelais décident de négocier leur capitulation. Les militaires des deux camps ont du mal à se mettre d’accord et c’est là que Pey Berland intervient, afin que les choses ne tournent pas plus mal et qu’un compromis soit trouvé. On peut  imaginer la complexité de la situation, du fait que la domination anglaise se termine et que d’innombrables bandes de brigands pillent toute l’Aquitaine. Pey Berland s’adresse aux autorités des deux camps afin de mettre fin aux exactions, à la misère et de rétablir l’ordre et la paix.

Les troupes françaises accentuent la pression, les combats, tant sur terre que sur l’eau, sont violents. Si, comme Pey Berland, les Bordelais aisés sont partisans des Anglais – car l’Angleterre constitue un excellent débouché pour les produits locaux, notamment le vin –, le petit peuple, las de la guerre, est plutôt pour les Français. En 1453, Bordeaux capitule après un long siège héroïque contre les forces françaises supérieures. Le roi Charles VII remporte la victoire et cesse enfin une guerre qui aura duré cent ans.

 

Pey Berland est alors âgé de 76 ans et sa prise de position en faveur des Anglais lui vaut mille et une tracasseries des nouvelles autorités, tout Archevêque qu’il fût. Trois ans plus tard, en juillet 1456, il envoie sa démission à Calixte III (qui fut pape de 1455 à1458). Celui-ci ne lui répond pas de suite. Pendant ce temps, le Grand Sénéchal de Guyenne, Olivier de Coëtivy, qui ne l’aime pas du tout, agit pour le faire remplacer par un de ses amis, favori du roi Charles VII. Il s’agit de Blaise de Greelle. En attendant que celui-ci soit nommé, il oblige Pey Berland à se retirer au collège de Saint-Raphaël. Les paroissiens, apprenant cela, viendront le chercher pour le ramener en triomphe à l’archevêché. Ne voulant pas compliquer la situation et souffrant de plus en plus de rhumatismes aigus, il retourne au collège. La réponse de Calixte III arrive enfin, ainsi que son remplaçant.

Pey Berland meurt le 17 janvier 1458, après avoir subi dix mois de terribles souffrances. Il est âgé de 81 ans.

 

SES FUNERAILLES

Selon les indications de son testament, qu’il avait modifiées et complétées le 5 février 1457 devant sept témoins, on prit les dispositions suivantes, toujours en présence de nombreux témoins : on revêtit le corps d’un habillement noir sur lequel on mit un poêle ou drap tissé d’or. « Le premier de ces vêtements pour satisfaire à l’humilité du défunt, le second, pour la dignité épiscopale. » (abbé Corbin). La bière, transportée à la chapelle du palais archiépiscopal, fut entourée de quatre torchères brûlant toute la nuit et les chapelains récitèrent les psaumes ainsi que l’office pro defuncto episcopo. Le lendemain eurent lieu la levée du corps et les funérailles. Pey Berland s’était préparé une tombe de marbre à Saint-André, vis-à-vis de la chapelle Saint-Blaise-de-Sébaste, mais sous les dalles et entre deux piliers du chœur. C’est là que fut mis le corps du défunt, à la suite d’une procession qui se déroula à travers les principales rues de la ville. Après l’arrivée à la cathédrale, le corps fut déposé dans le sanctuaire, devant le maître-autel. On célébra la messe propre des funérailles et des absoutes. L’après-midi et le lendemain, on fit la distribution des aumônes inscrites dans le testament, qui comportait 97 clauses. On fit aussi, par volonté de Pey Berland et avec les legs laissés à cette fin, des festins et des réjouissances dans les couvents, au collège de Saint-Raphaël et au Doyenné « parce qu’il était passé de cette vallée de larmes à une vie meilleure ». (Abbé Corbin)

SON TESTAMENT

Il est d’étendue considérable. À cette époque-là, le testament a une grande importance. Tous les personnages importants le font et le refont plusieurs fois dans leur vie, le modifient, en parlent, le publient. Il ne faut surtout pas mourir intestat, sous peine d’être privé de sépulture ecclésiastique, comme les suicidés. Des conciles prescrivent, sous peine de refus d’absolution, de déléguer aux pauvres et à l’Église la dixième partie au moins de tous ses biens.

Pey Berland n’a oublié personne ; ni les pauvres, ni les étudiants, ni les quatorze hôpitaux de la ville, ni les églises de sa région natale, ni celles où il avait officié. Il n’oublia pas ses successeurs, au collège de Saint-Raphaël, ses serviteurs, ni naturellement ses parents. Ceux-ci étaient peu nombreux mais, contrairement à un pape bien connu dans la région, jamais Pey Berland ne voulut enrichir ses parents au détriment des œuvres de son diocèse.

Il donna à son neveu, fils de Fortin, vingt boisseaux de millet, une plus grande quantité de seigle, les revenus d’une maison joignant le collège de Saint-Raphël et sa quote-part, ou la moitié des immeubles paternels. Ces deux derniers legs passant aux héritiers dudit Berland, à condition que ni eux, ni leur père n’aliènent jamais les revenus et immeubles dont il s’agit. En outre, ils devaient résider dans la maison paternelle d’Avensan, qui fut le berceau de la famille, sous peine d’être déshérités. Si les légataires ne voulaient pas remplir cette condition, les revenus et biens fonciers passaient à d’autres parents, même plus éloignés, qui s’engageaient à les respecter. Outre l’obligation commune de résidence à ses neveux, celui dont il avait béni le mariage à Lormont serait tenu de rapporter à la masse des ayant droit la somme qu’il lui avait remit alors en cadeau de noce, s’il voulait participer aux legs ci-dessus.

Pey Berland légua à son filleul, Pierre de Bruges, et à Jean-Michel, clerc de Saint-Raphaël, quarante livres de monnaie bordelaise, pour les aider dans leurs premières études. De même, il légua de l’argent pour que des messes continuent à être dites en la mémoire de son bienfaiteur, Raymond de Bruges. Tous ces legs furent pris sur ses biens personnels ; quant aux revenus de la mense épiscopale (affectés à la table), ils allèrent tous à des prélats ou institutions religieuses.

APRES SA MORT

Peu de temps après sa mort, on constate qu’un culte du prélat se développe sous différentes formes. Des ex-voto sont déposés sur sa tombe où les fidèles affluent. Certains citent des « miracles » qui lui sont attribués, les jurats de Bordeaux et les chanoines de Saint-Seurin font des processions.

Une procédure pour la canonisation est entamée dès 1462 et se prolonge, après diverses périodes d’arrêt, jusqu’en 1491. Parmi les notables qui introduisent sa cause, il y a le cardinal Alain de Coëtivy, légat du Saint-Siège, frère du Sénéchal, le maire et les jurats de la ville, le Captal de Buch, les chapitres de Saint-Seurin et Saint-André, les rois de France Charles VII, Louis XI et Charles VIII. Ce dernier écrit dans une lettre patente conférant maints privilèges à l’Université de Bordeaux : « Pey Berland […] lequel pour les grands mérites, vertus et bons exemples de vivre qui étoient en sa personne, on croit pieusement saint […]. » « Les souverains Pontifes Pie II, Sixte IV et Innocent VIII, déférant aux vœux des postulateurs, donnèrent tour à tour mandat aux évêques de Bazas, de Périgueux et de Sarlat de faire les informations canoniques ». L’abbé Corbin, qui nous apprend tout cela, ajoute que le culte du « vénérable a survécu au délaissement de sa procédure de canonisation » et se pose la question suivante : « Mais pourquoi n’a-t-elle pas abouti pendant la seconde moitié du XVèmesiècle ? Ou pourquoi ne l’a-t-on reprise ultérieurement ? Cela tient à des causes qu’il serait trop délicat peut-être d’énumérer », répond-il.

Quant à Ribadieu, dans son Histoire de la conquête de la Guyenne, après avoir noté le phénomène de culte dont Pey Berland a été l’objet après sa mort et du non aboutissement de la procédure de canonisation, aborde « la question délicate de son patriotisme ». « En a-t-il manqué ? Ne s’est-il pas donné aux Anglais ? » comme un de ses dépréciateurs a objecté… La haute noblesse, qui se trouvait toujours à la tête de l’Église, aurait-elle acceptée que soit canonisé Pey Berland lequel, s’il possédait la noblesse du cœur, n’avait pas celle de la naissance ? Certains ont pu penser que cela aurait fait de l’ombre au souvenir du Pape, Clément V, qui avait pratiqué le népotisme à outrance.

En tout état de cause, ceux qui ont refusé de canoniser Pey Berland, c’est-à-dire de reconnaître ses immenses mérites et l’exemplarité de sa vie, sont depuis longtemps tombés dans l’oubli. La mémoire de Pey Berland, elle, est toujours honorée et il est toujours considéré comme un des meilleurs fils que la Gironde a comptés.

 

* Alleu ou Franc Alleu : propriété héréditaire et exempte de toute redevance.

* Tabellion : fonctionnaire chargé de mettre en grosse les actes dont les minutes étaient        dressées par les notaires.

* Capitulaire : qui se rapporte à un régime de chanoines, de religieux.

* Jurat : magistrat municipal dans certaines villes du Midi de la France, sous l’Ancien Régime (Le Larousse).

* Captal : au Moyen Age, chef militaire en Gascogne et en Guyenne. « Quand les Anglais vendangeaient l’Aquitaine » de Jean-Marc Soyez Éditions Fayard – 1981.

* Sénéchal : grand officier du palais royal.

* Boisseau : mesure de capacité de l’époque. Celui de Paris contenait environ 12,5 litres. (Le Larousse).

 

ADIEU MADAME BLONDEAU

 Pourquoi ce mot pour Madame BLONDEAU ? Simplement car nous avons apprécié cette personne discrète mais engagée, comme nous savons apprécier son époux Achille, ancien conseiller d’Avensan. La terrible maladie qui l’a emportée en quelques mois, ne lui a pas laissé le temps de terminer son ouvrage sur PEY BERLAND, mais vous allez en découvrir quelques passages ci-après.

Écrivain, peintre, oratrice écoutée dans son engagement syndical et politique mais aussi poète, voilà qui était Louisette BLONDEAU.

A sa famille nous renouvelons nos condoléances dans ce deuil cruel et brutal qui la frappe et nous laissons à Madame BLONDEAU le soin de finir cette modeste page.

 

TELLE LA ROSE DE JERICO

 

« Je serai

Dans le feu de neige de la lune

Je serai

Dans le jaune cœur des tournesols

Je serai

Dans le chant des vagues mourant sur le sable fin de mon pays

Je serai

Dans le rire des mouettes tournant près des lourds paquebots à l’escale

Je serai

Dans la reliure rouge des livres de mes ancêtres

Je serai

Dans ce jardin face à la gare où nos destins se lièrent

Je serai

Dans le souvenir de la palmeraie à Elche

Je serai

Dans ces chants tziganes d’un soir d’été au Balaton

Je serai

Sur la plage froide de la mer de Paix dans ces palaces pour ouvriers

Je serai

Dans le vent sauvage qui souffle en ton pays

Je serai

Dans les yeux en amande de notre enfant

Je serai

Dans cette forêt de pins,

dans ce sentier désert,

dans ce champs de blé, 

..au pied de ce saule un soir d’hiver

Je serai

Partout où nos deux corps s’unirent

Je serai

En toi à jamais

Si un jour prochain

La tarentule noire

Se réveillait en moi

Et m’emportait »

Achille BLONDEAU